Je marche pour voir.
Et plus je marche, plus les images se rapprochent de moi, comme si la ville me soufflait ses fragments.
Le noir et blanc me permet d’entendre ce souffle : il retire le superflu, il laisse apparaitre la structure du monde, ses lignes, ses hésitations, ses ombres qui glissent.
Dans la marche, le territoire devient poreux. Les murs respirent, les trottoirs se souviennent, les arbres se perdent comme pour douter.
La photographie en mouvement sans chercher à arrêter le temps, je le laisse filer dans l’image, se dédoubler, se superposer, se perdre un peu.
La double exposition ouvre alors une brèche, un espace où plusieurs instants coexistent, où la ville révèle ce qu’elle cache d’habitude.
Le noir et blanc donne à ces fragments une gravité douce, une lumière ancienne. Il transforme la modernité en souvenir, et le souvenir en présence. Les silhouettes deviennent des traces, les bâtiments des fantômes solides, les rues des passages entre deux temps.
Je cherche une ville qui tremble légèrement, une ville qui ne se laisse pas saisir d’un seul regard, une ville qui marche avec moi.
Mes images sont des pas. Des pas qui se superposent, qui s’effacent, qui reviennent.
Des pas qui racontent la manière dont le territoire nous traverse autant que nous le traversons.
Joanne Bouchard
15 juin 2026